SIMPLE IS GOOD (simple is god?)

Publié le par severine

 

Une nouvelle année s'achève (déjà), une nouvelle commence (déjà).
Après m'être interrogée sur la différence entre l'abondance et l'opulence en 2017, sur le rôle et l'importance de la poésie au sens large en 2018, c'est "la simplicité" qui s'invite à la table de 2019.

Être simple  : vaste programme ! Ce que j'aime dans le mot "simple", c'est qu'il évoque les plantes médicinales qu'on appelait elles aussi "les simples"  ; ce qui sous-entendrait que dans la simplicité se cache la panacée, et que simplicité n'est pas synonyme de facilité ou de primarité, mais plutôt d'accès à la substantifique moelle de chaque chose, à l'Essentiel en un mot  ; après avoir retiré les couches superficielles (dans tous les sens du terme) qui l'entourent.

On sait tous ce qu'on n'a pas  ; mais voit-on et sait-on ce qu'on a ? A-t-on vraiment besoin de plus ? A-t-on déjà fait une liste de nos véritables "richesses" et des richesses qui nous entourent ? Remercions-nous régulièrement notre vie pour ces trésors ? Et comment recevoir les multiples cadeaux et réponses de notre vie si on ne laisse aucun espace à cette dernière pour les-y déposer ?!

L'ordinaire et le quotidien contiennent l'extraordinaire pour qui veut bien l'y voir. La beauté, la poésie et le ludisme de ce qui nous entoure sont disponibles pour tous, gratuitement qui plus est (que demande le peuple).
Le quotidien représentant 90% d'une vie  ; comment transformer sa vie (et notre société) si on fuit son quotidien, ou si on s'acquitte de ses taches à la vitesse d'une fourmi atomique ?!

S'approprier son quotidien  ; c'est investir la matière (tellement diabolisée en Occident), c'est aussi investir sa vie, trouver l'or qui s'y cache, et démêler les pensées et les émotions qui nous traversent (et Dieu sait qu'il y en a !).

Faire sa vaisselle c'est prendre 15min pour faire le vide ou pour se trémousser sur fond de musique vitaminée, faire son ménage c'est mettre de l'ordre dans sa tête (dans son "intérieur"), cuisiner c'est créer avec amour et s'enrichir de merveilleux fruits, légumes, céréales, etc, miraculeusement nés de la terre et du rythme des saisons (c'est anti-dépresseur et écolo en plus), faire la queue c'est être invité au repos ou au papotage avec ses voisins pendant quelques minutes, laver son linge à la laverie c'est l'occasion de lire, faire du crochet, ou d'accueillir de nouvelles idées pour le boulot, etc, etc. Autant de cadeaux qu'on ne sait plus saisir, et qui pourtant éloignent des sensations de manque et de vide (manque de notre vie tout simplement).

À éviter au passage les fausses promesses des "spiritualités désincarnantes" qui invitent plus à fuir "sa vraie vie" (son outil de transformation) qu'autre chose  : le chemin (et non le but) de la spiritualité c'est de "diviniser la matière", en y invitant "le sacré". Autrement dit c'est redonner du sens, de la conscience, de l'amour et de la présence aux choses (à ce qu'on vit, fait, achète, dit, pense, regarde, etc) et vivre avec bon sens. On en revient aux fameux 90% de la vie  : le quotidien (qui fait partie de la liste des "gros mots tabous" comme l'amour, la maladie et la mort  ; autant de composantes de la vie). Spiritualité, religion et ésotérisme ne sont pas synonymes.

En se concentrant un peu plus sur ce qu'on a, et sur le potentiel de beauté, de poésie et de ludisme de ce qui nous entoure et fait notre vie  ; on s'en nourrit, tout en nourrissant le monde autour de nous et l'avenir. Sachant aussi que veiller à cultiver sa fraîcheur d'esprit et sa capacité d'émerveillement de l'enfance semble préserver de la corruption (cf Jean Moulin, St Exupéry et George Sand par exemple).

Car oui, nos pensées, nos rêves, nos projections et nos créations nourrissent le Grand Inconscient collectif. On peut puiser des informations à cette source  ; elle est riche de l'expérience de toutes celles et ceux qui nous ont précédés, et des différences des divers cultures du monde. Elle est riche des nombreux futurs potentiels, et des aspirations profondes des humains  ; et chacune et chacun répond à ces dernières en mettant à l’œuvre ses talents (sachant que la simple façon "d'être au monde" de tout un chacun est en soi un talent, tout comme faire ce qu'on a à faire avec amour) . Chaque pays, chaque époque et chaque chose est auréolé des projections mentales humaines. N'importe quel illustrateur vous le dira  : on ne ressent pas la même chose en travaillant sur la culture d'un pays en guerre que sur celle d'un pays en paix (on se connecte à ce qu'on dessine et aux pensées qui entourent ce qu'on dessine ; on est perméable).
Rien n'est tout blanc ou tout noir ; alors quelle nourriture choisit-on d'offrir au Grand Inconscient collectif ? Du rêve, des possibles ou de la couleur pour tous comme savent si bien le faire les enfants ? Personne ne peut être positif 24h/24, mais tout le monde peut faire sa part.

À trop vouloir tout, tout de suite, à trop vouloir trop, à trop vivre sans conscience, on risque de tout perdre  ; c'est trop souvent en perdant les choses et les êtres qu'on réalise qu'ils étaient présents... (le court métrage d'animation russe "la pelote de laine" de Nikolai Serebryakov illustre bien ça. Dans le contexte d'aujourd'hui le petit mouton c'est la Terre, et tous ceux que l'on "tond" dans le monde pour vivre "confortablement" chez nous...).
Là est le sens de la formule "moins c'est plus"  ; plus de temps et d'espace pour être, découvrir, créer et partager  ; pour sentir la vie tout simplement, plutôt que de vivre en éternels anesthésiés non sortis de leur coma artificiel ("ultra trop connecté" ou "la tête dans le guidon"). La vie est courte, se poser dans la nature ne serait-ce qu'une fois par semaine pour s'écouter et écouter (avec les yeux, le corps et le cœur), c'est gagner du temps pour la suite en s'épargnant de faire "tout un tas de conneries"... Les arbres qui chantent et les canards qui barbotent dans l'eau ont beaucoup à nous dire ("mouink"). On est issus de la nature ; en s'éloignant de ses cycles on s'en est séparés, d'où notre profonde errance. On est comme des animaux parqués dans des cages, des cirques ou des zoos, loin de notre milieu naturel. Et s'il y a de la rivalité dans la nature, il y a aussi et surtout de l'entraide, pour la survie des espèces, mêmes végétales.

Alors soyons "simples", comme ces plantes ordinaires qui prennent soin et guérissent.
Vivre simple c'est vivre vrai, c'est aller à l'Essentiel ; l'Essentiel de soi-même, des autres et de la Vie. Je ne dis pas que c'est facile, je le vois bien tous les jours, mais je pense que c'est plus joli et plus doux (les petites choses simples ne sont-elles pas les plus magiques ?) ; une sorte "d'issue de secours", voire la fameuse "grande porte" qu'on imagine plaquée or (alors que non ; la grande porte c'est en fait la petite !).
La Vie est un miracle en soi, pourquoi l'oublier si souvent... Il y a tellement à apprendre, à découvrir, à ressentir, à expérimenter et à préserver. Il y a des richesses qui ne se voient pas, mais qu'on garde au chaud dans notre Cœur  ; ce sont les seules qui grandissent en les partageant, et les seules qu'on emportera le jour du grand voyage... Il y a une différence entre vivre, et (se) donner l'impression qu'on vit. Ce sont les petites chose simples qui donnent de la saveur à une vie ; la saveur d'un plat vient souvent des petites choses qu'on y rajoute, ou de la qualité de l'ingrédient principal qui se suffit à lui même.

Votre vie quotidienne est votre temple et votre religion.

Khalil Gibran - Le prophète

Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre.

Gandhi

 

Que chaque jour que nous offre cette année 2019
soit l'occasion de découvrir quelles plantes nous sommes,
pour transformer nos villes et nos villages en beaux
jardins des simples, où infuseront dans les tasses de nos vies,
les tisanes de nos talents mêlés   :)
Une douce année à toutes et à tous,
généreuse en instants de paix, de douceur, et de joie sereine.

Bien à vous toutes et tous,
Séverine
XXX

Et comme la vie est riche en heureux hasards ; pour celles et ceux qui n'auraient pas pu relire le "Conte de Noël" de Dickens, France Culture l'a adapté cette année en fiction de 5 épisodes de 24 min, écoutables et podcastables en cliquant sur la vignette ci-contre, à savourer sans modération   :)

Publié dans ILLUSTRATION

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