DANS LA FAMILLE ADDAMS, JE DEMANDE "LES CHOSES"

Publié le par severine

Bientôt la Samain, le nouvel an des Celtes où les portes entre les deux mondes s'ouvrent, et bientôt le passage à l'heure d'hiver (dans la nuit de samedi 26 à dimanche 27 ; à 3h ils sera 2h).
C'est l'occasion d'écouter à la bougie, en partageant de la soupe à la courge, des pommes, des noix et des soul cakes (préférez le beurre salé et le sucre brun pour la recette), d'étranges histoires autour des revenants (ça se pratique encore en Bretagne !).

Je vous propose un petit florilège d'histoires de circonstance à podcaster, glanées sur la page des nuits de France Culture (caverne d'Ali Baba à elle toute seule !).
À ne pas confier à toutes les oreilles pour certaines.
Pour une fois, les liens vers les contenus seront dans le texte :

POUR TOUS : Le château aux mille couloirs de José Pivin (avec Jean Toppart en narrateur ; une vraie friandise), et Le fantôme de Canterville d'Oscar Wilde (on ne s'en lasse pas).

POUR LES ADULTES : toute une série d'émissions sur le thème des revenants a été diffusée dans la nuit du 6 octobre, à l'occasion de la sortie du livre Le temps des fantômes– Spectralités de l’âge moderne (XVIe-XVIIe siècle) de l'historienne Caroline Callard chez Fayard ; frissons garantis ! (Au menu : Le fantôme de l'opéra de Gaston Leroux, Le tour d'écrou d'après Henry James (gloups), et plusieurs documentaires sur les fantômes genre les revenants du Royaume-Uni, les revenants dans la haute société, les esprits frappeurs et les charlatans (gloups), le paranormal (et regloups), les fantômes au cinéma, et des interventions de Caroline Callard). À vos risques et périls si vous podcastez tout ça !

Tant qu'on est dans "l'épouvante" ; j'en profite pour partager la lecture d'un livre qui fait plutôt froid dans le dos, découvert dans ma boîte à livres préférée.
Un roman de Georges Perec publié en 1965 : "Les choses" (vaste programme).

Un roman "d'épouvante" ; dans la mesure où il traite de la société des années 60, sur fond de guerre d'Algérie ; la période où l'on a mis les doigts dans les drôles d'engrenages de la société de l'avoir, du paraître et du gaspillage : la fameuse société de consommation des 30 glorieuses (pour en arriver à la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui).

Ce livre me semble d'une efficacité redoutable pour se vacciner définitivement contre ce mode de vie déshumanisé à souhait qu'est devenu le nôtre.
Comme ce qui est personnel est universel, la société de l'époque est dépeinte à travers le quotidien d'un couple de jeunes gens abandonnant leurs études pour s'adonner à de nouveaux métiers "très utiles" (visant à glaner des informations auprès de la population pour leur vendre des choses elles aussi "très utiles"). On découvre au fil des pages ce que ces personnages seront prêts à faire (ou pas) face à ce qu'ils prennent pour leurs rêves, et qui ne sont en fait que des envies matérielles totalement coupées de la profondeur de la Vie. Les pages d'énumérations de biens de consommation peuvent envahir la lecture jusqu'à l'écœurement (comme elles envahissent la vie des personnages jusqu'à la noyer). "Dépenser" ; ça sonne vraiment comme "dé-penser" : se laisser aller à ses pulsions avant de passer par les cases cœur et cerveau... Bref.

"Les choses" est pour moi, en 185 pages, la recette parfaite pour passer à côté de sa vie (pour la louper quoi), en ne faisant que l'effleurer en surface plutôt qu'en y plongeant en quête de trésors. Effrayant, mais tellement (malheureusement) vrai.
À l'heure ou la "sobriété heureuse" fait  peur, alors qu'elle s'impose comme la seule issue à nos abus vis à vis des ressources qui sont à notre disposition ; bien rappeler les ravages personnels de "l'avidité d'opulence malheureuse" à laquelle on s'accroche est plus que salutaire.
On peut aussi se dire que le challenge environnemental actuel est une occasion bénie de sortir enfin de nos modes de vie déshumanisés, en nous offrant de redonner du sens aux choses et aux actes du quotidien (quotidien = 95% d'une vie rappelons-le).
C'est ça le vrai job de l'être humain : trouver et donner du sens, en retrouvant la dimension extraordinaire de l'ordinaire. Pour ça on a besoin de poésie, d'affect, d'émerveillement, de temps de contemplation et de réflexion (oui je radote, c'est l'âge) ; une sorte d'hygiène ou de discipline (discipline de l'agréable) ; est-ce si compliqué ? (Si on passe son temps devant les réseaux sociaux, des séries débiles, un smartphone ou une tablette, j'imagine que oui...).
Je précise que je ne prône pas les vertus du dénuement le plus complet (on ne vit pas d'amour et d'eau fraîche en Occident), mais plutôt un juste milieu créatif, donc valorisant et épanouissant.

Un roman à (re)lire de toute urgence pour résumer, et à faire passer.
"Happy Halloween" avec Georges Perec... !

Et cliquez sur la couverture du bouquin pour un contrepoison salutaire...
Un petit aperçu du contenu à travers deux citations :

Trop souvent, ils n'aimaient, dans ce qu'ils appelaient le luxe, que l'argent qu'il y avait derrière. Ils succombaient aux signes de la richesse ; ils aimaient la richesse avant d'aimer la vie.

Georges Perec - Les choses

- jadis, ils avaient eu au moins la frénésie d'avoir. Cette exigence, souvent, leur avait tenu lieu d'existence. Ils s'étaient sentis tendus an avant, impatients, dévorés de désirs.
Et puis ? Qu'avaient-ils fait ? Que s'était-il passé ?
Quelque chose qui ressemblait à une tragédie tranquille, très douce, s'installait au cœur de leur vie ralentie. Ils étaient perdus dans les décombres d'un très vieux rêve, dans des débris sans forme.
Il ne restait rien. Ils étaient à bout de course, au terme de cette trajectoire ambiguë qui avait été leur vie pendant six ans, au terme de cette quête indécise qui ne les avait menés nulle part, qui ne leur avait rien appris.

Georges Perec - Les choses

 

Tant qu'on est dans les contrepoisons ; une pépite à podcaster, et écouter très souvent, surtout quand on ne sait plus trop par quel bout prendre le schmilblick de l'existence... Une lecture d'extraits des lettres que l'écrivain Rainer Maria Rilke rédigea à l'attention de Franz Kappus, jeune poète débutant. ENORMISSIME COUP DE COEUR.
Une correspondance sage et visionnaire, déroulant le fil de réflexions issues d'un vécu personnel profond, d'une rare sensibilité, au sujet de la vie, du processus créatif, de la solitude, de l'amour, etc. Une vision qui touche, et redonne du courage ; en prenant un peu de hauteur pour voir les choses sous un angle plus noble. Quel héritage que celui que nous lèguent les poètes... (pour moi bien supérieur à celui des philosophes, qui trop souvent vivent la vie dans leur tête et non via tout leur être... La philo m'a toujours "gonflée" pour ça... !).

Et pour garder espoir, sans tomber dans l'angélisme ou la politique de l'autruche : à découvrir si ce n'est déjà fait ; cette fabuleuse nouvelle émission de France Inter traitant de l'écologie environnementale et humaine : "la terre au carré". De fort nombreux thèmes y sont abordés, avec pas mal d'invités bien inspirés (ou pas). Des émissions à la portée de tous, où chacun pourra trouver son bonheur pour réfléchir, et entrer sereinement en sobriété heureuse   :)
Une petite dose de Pierre Rabhi en prime, plus une petite dose de Francis Hallé, une petite dose de Matthieu Ricard, et une petite dose de Sylvain Tesson et Vincent Munier ; parce que ça fait du bien un peu de bon sens...

Publié dans COUPS DE COEUR

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